Le chien et l'horloge suite

 


 

 

 

Robert émit avec la bouche les claquements de langue caractéristiques que l'on fait habituellement et quelques sifflements continus. Quant à Victor il se contenta d'un " toutou, toutou".

"Il n'a tout de même pas disparu" s'exclama Catherine.

Robert s'éloigna vers les pièces du fond. Un petit hall assez bien éclairé, desservait deux chambres, vers la gauche. La salle de bain était au fond et prolongeait en partie le vestibule. Sur la droite un mur orné de quelques reproductions de Monet .Des bibelots kitchs reposaient sur des étagères en formica et dans l'angle du fond trônait une superbe horloge comtoise. Encore en assez bon état, elle était très large du bas, d'un gabarit au dessus de la moyenne. Le plateau inférieur, quoique fendu, laissait apparaître un superbe décor gravé à main-levée. Cette horloge inspirait la confiance et la protection. Ses galbes plus larges que de coutume et sa robe décorée lui donnaient une apparence toute féminine tandis que sa stature imposante et sa grandeur rappelaient plutôt une protection paternelle. Si j'avais été petit et en danger il ne fait aucun doute que j'aurais trouvé là un lieu où me cacher..

-"Ah! Il es là...Il est sous l'horloge" s'écria Robert.

Il ouvrit la porte de la gaine pour saisir le chien. Assez brutalement, car le balancier lyre se retrouva coincé et tordu au fond de la caisse. Le bras trop court de Robert ne put que frôler les poils dressés du fugitif et recueillir quelques toiles d'araignées au passage.

-"Il est ici!...mais enfin que faites-vous....? "s'écria-t-il derechef"

Catherine et Victor étaient entrés dans le garage dont la porte était restée ouverte. Alors qu'elle cherchait derrière les cartons de bouteilles de vin de Naples, ramenées deux ans auparavant d'un voyage en Italie, le garçon regardait sous la voiture.

-"Mais pourquoi on le garderait pas, maman? "demanda Victor.

-Je n'ai pas le temps de m'en occuper. Tu vas t'en occuper toi? Tiens regarde près du congélateur.

-On pourrait l'appeler Kiki, c'est joli comme prénom Kiki". Catherine ne répondit pas.

 

Victor, désabusé, traîna les pieds jusqu'au congélateur. C'est alors qu'on entendit un choc sourd et bref venant des chambres.Tous deux se précipitèrent. Robert était à genoux, la main gauche sous les pieds de l'horloge. Son visage était fixe et blanc comme s'il avait vu quelque chose de terrible.

-"Le ppp...le poids..! articula Robert

-Eh bien quoi le poids? interrogea Catherine

- Il est tombé...!"

Deux poids, qui font office de moteur pour le mécanisme sont accrochés par deux cordes rouges qui les relient au mécanisme. C'est une de ces cordes qui venait de céder. Le poids de 6 kg venait de faire une chute de 2 m, pour tomber sur le carrelage, à quelques cms seulement des doigts de Robert.

Victor, apparemment peu soucieux de l'effroi de son père s'accroupit et appela le chien en regardant sous les pieds de l'horloge. Le son de la voix, l'attitude peu agressive de l'enfant, la main tendue en guise d' invitation, il n'en fallut pas plus pour " kiki ". Il sortit aussitôt de sa cachette et se précipita dans les bras de son nouvel ami.

 

Robert resta abattu quelques jours et Le chien resta définitivement parmi eux. Mais le plus troublant fut la vénération de toute la famille pour son horloge. A partir de ce jour, elle fut le centre de toute les attentions et fut choyée autant qu'un membre de la famille.

Robert se demanda comment cette corde, changée trois jours plus tôt par un spécialiste, avait pu céder si rapidement. Il se demanda comment le poids n'était pas tombé sur sa main ni sur le chien et pourquoi il était tombé juste à ce moment-là.

On offrit à kiki une niche de luxe ornée de petits rideaux et de coussins moelleux. Mais il revint tous les soirs se coucher sous la pendule. Quelquefois on pouvait le voir aboyer en regardant fixement le cadran en émail tout en remuant la queue.

 

Apparemment, lui, semblait avoir compris quelque chose....