Qu'est qu'une horloge comtoise ?
 

 

Sans vouloir insister dans la critique systématique de tout article qui parait au sujet de la comtoise, je voudrais tout de même vous parler d'un papier consacré à la "réalisation d'une horloge comtoise", dans le magazine "l'atelier du bois" N°55, octobre 2000.

Rien à dire sur le fond. En effet la création associée à l'art est un domaine de liberté quasi infinie. Des arts primitifs en passant par le cinématographe, la danse classique, jusqu'a l'art contemporain et l'avant-gardisme, je ne vois pas de frontière et je considère que tout est permis à partir du moment où il y a volonté de créer (à l'exception de l'humiliation du vivant, par exemple la corrida que certains qualifient d'"art", mais ceci est un autre débat).

Par ailleurs "l'atelier du bois" est un magazine fort bien fait, très intéressant et cet article sur la fabrication de l'horloge comtoise en est la preuve. Sauf... Sauf que ce n'est pas tout à fait une "horloge comtoise".

On ne va pas jeter la pierre sur du bois, ce serait peu honorable. Juste pourrait-on revenir, sur la particularité de l'horloge comtoise et sur cette ambiguïté qui trompe les plus vigilants.

La première des choses, dans la promotion et la connaissance de l'horloge comtoise ancienne est de préciser son identité. Pour respecter il faut connaître. Connaître pour ensuite reconnaître. Et c'est là que cette erreur anodine apriori, révèle en fait le flou qui règne sur un objet qui attend d'ailleurs toujours son heure de gloire.

Le rôle de l'atelier Art & Sauvegarde n'est-il pas de rester vigilant sur ce sujet?

Les deux premières questions à poser sont les suivantes : Qu' est-ce qu'une horloge comtoise et qu'est-ce qu'elle n'est pas ?

La gaine de comtoise n'est pas de l'ebenisterie d'art, stricto sensu, car ce n'est pas les opérations réalisées sur le bois qui en font sa valeur principale mais le travail effectué par sa décoration. (Ce qui n'empêche pas que la gaine de comtoise traditionnelle est très bien étudiée). A ce titre elle serait plus proche du tableau que d'un ouvrage d'ébenisterie.

Ce n'est pas uniquement une horloge, puisqu'il y a aussi la gaine décorée qui tient une place non négligeable.

Ce n'est pas un meuble décoré exclusivement, puisqu'il y a l'horloge.

Elle aurait donc une identité hybride un peu comme le violon qui a une raison utilitaire, celui de faire de la musique, mais qui est aussi un objet esthétique. Le violon, quant à lui, a cette chance d'avoir été nommé à l'origine, alors que notre grande horloge possède un nom, par défaut, celui de l'endroit où elle est née. Peut-être compte tenu du fait que l'une possède une origine populaire et l'autre "bourgeoise" ou "noble"?

Soyons clair :

L'horloge comtoise c'est avant toute chose le mécanisme. Car les Jurassiens détenaient avant tout une tradition horlogère. Et si aujourd'hui toute horloge de parquet est appelé "horloge comtoise", c'est qu'a partir de 1830 environ dans sa période industrialo-artisanale, jusqu'à sa fin, entre les deux guerres, l'horloge comtoise (grâce à son rapport qualité prix) a effacé presque toutes les autres fabrications régionales.

Par conséquent on peut dire que la grande majorité des horloges mécaniques à poids, neuves ou anciennes, proviennent de Franche-Comté.

Le mécanisme, en photo dans le magazine, par exemple, est bien une horloge comtoise ancienne.

L'horloge comtoise c'est aussi la gaine en sapin ou en peuplier (plus rarement) décorée à la main suivant cette technique très particulière et unique de peinture gravée. Gaine en sapin violonnée et décor polychrome et toute l'ossature caractéristique (ferrures, formes des pieds, formes du chapeau, silhouettes des portes) distincte des travaux d'ebenisterie d'art en pratique en cette période. Seule cette dernière par conséquent peut se prévaloir de la dénomination de "comtoise". Il faut remarquer qu'il est très difficile de reproduire à l'identique une gaine d'horloge comtoise ancienne. Car elle possède des règles strictes alliants simplicité, robustesse et un esthétisme atypique. Par certains abords, elle se rapprocherait plus des règles adoptées en lutherie que celles pratiquées chez les ébenistes.

Les jurassiens ont gardé la même formule, à quelque chose près, de 1830 environ jusqu'à la fin de la production sous sa forme traditionnelle, entre les deux guerres.

Les gaines en merisier chêne et autres essences de bois seront fabriquées elles par des ébenistes dans chaque région.

- Avant 1830 les mécanismes étaient livrés sans caisse chez le client. Au vu des conditions de vie à cette époque (poussière, fumée, humidité etc...) le besoin s'est fait sentir de protéger les horloges. Les ébenistes locaux ont fabriqué en cette période des gaines qui obéissaient au style de l'époque ou à celui de la région où arrivait l'horloge comtoise. Le balancier, simple masselotte de poids au bout d'une tige imposait un encombrement minimum lors de son débattement. Les gaines n'étaient par conséquent pas violonnées mais droite et étroite.

- Dès 1830, les critères de fabrication et de coût de l'horloge ayant évolués, les Jurassiens voyant là un marché potentiel, se sont lancés dans la fabrication de la gaine en utilisant le roi de la forêt, "le sapin". ces derniers ont apporté la forme violonnée en créant les balancier décoratifs.

- Et après 1930 environ, date à laquelle a cessé la fabrication de l'horloge comtoise sous sa forme traditionnelle. La technique de décoration ayant été développée pour la circonstance uniquement, n'a eu aucune difficulté à disparaître. Faute d'être unique en son genre et de n'avoir pas eu d'autre application, contrairement à l'horlogerie qui possédait une assise importance dans la région et qui a pu être reconduite sous d'autres formes. Les Jurassiens contemporains continuent de fabriquer de très bon mécanismes traditionnels mais fabriquent des boîtiers comme on n'en fabrique partout ailleurs.

Aujourd'hui les fabriquants de gaines d'horloges, où qu'ils soient sur l'hexagone fabriquent surtout des horloges de style (généralement fabriquées en série) pour offrir un pannel plus diversifié à la clientèle. Et les copies de gaines d'horloges comtoises polychromes dites "traditionnelles" même celles fabriquées en Franche-Comté, n'ont plus rien à voir avec la véritable comtoise qui eu le succès que l'on connaît. Car la véritable comtoise avait la particularité de ne pas avoir de style si ce n'est celui qui lui a été assigné par les Jurassiens, en toute liberté et dans un esprit de créativité et de liberté totale. Or cet esprit, dans le domaine des cabinets, a disparu pour laisser la place à une variété qui rappelle un peu ce qui se faisait avant 1830, en moins sobre.

En résumé, toutes les gaines d'horloges antérieures à 1830 ne sont pas comtoises et toutes les gaines postérieures à 1930 environ ne sont pas des comtoises non plus.

Conclusion : La gaine d'horloge qui est sur le magazine "l'atelier du bois" n'est pas une "horloge comtoise". le mécanisme est une horloge comtoise et pour le boîtier on dira une "gaine d'horloge", pour abriter cette dernière.

Vous me direz que j'ergote inutilement et qu'il n'y a pas lieu d'en faire deux pages, un plat ou une pendule.

Il n'empêche que le label "horloge comtoise" a bon dos, et qu'il serait bon d'avoir un vrai regard sur l'ancêtre qui retournerait dans sa forêt de sapin, dans le Jura, si elle savait tout ce qui est réalisé et tout ce qui est dit en son nom.

Cela me fait penser à une chanson de Brassens, "Le Blason ", qui parle d'un

"...petit vocable de trois lettres, pas plus..."

et plus loin

"...C'est injuste , madame, et c'est désobligeant

Que ce morceau de roi de votre anatomie

Porte le même nom qu'une foule de gens ".

Mais je n'irais pas plus loin dans la comparaison.

 L.Caudine

 

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