L'HORLOGE, LA MESURE ET LE TEMPS


 

Préface (1ère partie)

Par Denise Gluck , chargée de mission au musée national des Arts et Traditions populaire

 

Toutes les sociétés humaine sont imaginés des instruments de mesure du temps, empiriques ou scientifiques. Mais le mesure du temps, plus ou moins précise, s'est inscrite, pendant longtemps et partout , dans des systèmes de pensée magiques ou religieux. Le respect des rites , des pratiques assurait le cycle du temps, donc de la vie individuelle et sociale. La société rurale française a longtemps ignoré le temps mesuré: les cadrans solaires gravés ou peints sur les murs des maisons et des églises sont bien loin des champs et des troupeaux; les gnomons sont de lecture aléatoire et compliquée. Seules les cloches rythmaient le temps du travail et du repos la marche du soleil, la succession annuelle des tâches. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les ruraux les plus aisés commencèrent à acheter des horloges et à commander à l'artisan menuisier du bourg le cabinet en bois du pays et de style local. Mais bien des paysans ne pouvaient s'offrir qu'en rêve cet instrument prestigieux. Une arche à grains du Queyras, datée de 1767 et conservée au musée national des arts et traditions populaires, montre ainsi, sculptée entre les portes à pointes de diamant de sa façade, une horloge factice dont les aiguilles de bois sont définitivement emprisonnées sur la sixième heure.

 

C'est avec la relative aisance du monde rural, au XIXème siècle,que l'horloge et son temps mesuré entrent dans la salle commune paysanne. C'est à ce moment-là aussi que commence ce qu'on peut appeler l'épopée de la comtoise,devenue aujourd'hui légende: n'appelle-t-on pas couramment "comtoise"toute horloge à cabinet quelle que soit l'origine de son mouvement ?

Les causes du succès fabuleux de cette horloge si particulière sont sans doute nombreuses. Les esprits rationnels évoqueront l'organisation déjà moderne de son mode de commercialisation, la robustesse de son mouvement , la légèreté de son cabinet, son coût relativement abordable. Mais pour qui sait à quel point le rythme de la vie rurale est lié à la nature et aux saisons, à quel point le calendrier eut dans la France d'autrefois un sens cosmique et religieux, il est difficile de ne pas voir dans les motifs décoratifs de la comtoise la conjonction de toutes les significations que peut avoir le temps pour un homme de la terre.

Aussi,comment ne pas comprendre la fascination qu'a éprouvée Alain Caudine le long de cette recherche du temps perdu des comtoises, maintenant que le temps des usines et des bureaux fait oublier celui du soleil.

Table des matières :

-L'horloge, la mesure et le temps
-Aujourd'hui tout le monde à l'heure...mais qui a le temps ?
-La mesure du temps à travers les âges.
-Les horloges régionales autres que comtoises.
-Le pays de la comtoise : la Franche-Comté
-La naissance de l'horloge comtoise
-Le mouvement cage-fer-poids.
-Evolution de l'horloge comtoise.
-Les techniques de fabrication.
-La fabrication du cabinet de l'horloge.
-La peinture gravée des cabinets d'horloge.
-La Décoration de la gaine d'horloge comtoise.
-Plaidoyer en faveur de la grande horloge.
-La restauration de l'horloge comtoise.
-Petites histoires de la grande horloge.
-Conseils d'entretien et d'utilisation.
-Si la comtoise m'était contée.
-Bibliographie et index