IV. UN BEAU JOUR DE FÊTE

Un matin les parents de Christian, en entrant dans la salle à manger, furent ébahis de voir pendue au mur, une horloge dont le gai tic tac se faisait entendre avec la plus grande régularité.

Elle était en bois de sapin. Le cadran, peint en vernis blanc, avec les douze heures en noir et les aiguilles en cuivre, se détachait nettement sur le devant de l'horloge, orné de fleurs aux couleurs vives et agréables. Les poids étaient en fonte, soutenus par des cordes soigneusement tressées.

Le balancier était formé d'une baguette en bois de chêne avec un disque de cuivre. La boîte, simple, mais élégante, ressemblait à ces coucous de la Forêt-Noire, aujourd'hui si répandus dans nos campagnes.

"Tiens ! tiens ! s'écria Mme Huyghens, toute joyeuse, en s'adressant à son mari, quelle surprise ! Tu as donc acheté une horloge ? Voilà si longtemps que je désire en avoir une !"

Il faut dire qu'à cette époque, c'était un luxe de posséder une horloge et peu de familles, même riches, avaient cet avantage.

"Moi ? répliqua M. Huyghens, je n'ai absolument rien acheté et je suis aussi stupéfait que toi de voir cette horloge mystérieuse installée dans notre salle à manger !

 

LE DIRECTEUR ET MADAME HUYGHENS ENTRERENT DANS LA SALLE

- C 'est peut-être un cadeau de mon frère Cornelis...

-Voilà une explication assez plausible...

-Nous allons le savoir, car je l'entends dans le vestibule."

L'oncle Cornelis entra bientôt, toujours joyeux et souriant. "Mon frère, dit Mme Huyghens, vous êtes bien gentil, vous m'avez fait une agréable surprise.

- Ah ! cette jolie horloge ! s'écria l'oncle Cornelis, ne me remerciez pas, ce n'est pas moi qui vous l'ai donnee...

- Qui donc alors ! Vous n'avez pas l'air très étonné et vous devez être au courant du secret...

- Eh bien ! C'est mon cher neveu qu'il faut remercier, car c'est lui qui vous a offert ce bijou. ,

- Christian ? Mais il n'a pas d'argent !

- Aussi, ne l'a-t-il pas acheté, il l'a fabriqué.

- Fabriqué cette horloge, mon petit Christian ! dit Mme Huyghens, mais ce n'est pas possible ! Vous plaisantez, mon frère !

- Allons, Cornelis, reprit le père, parle sérieusement. Christian n'est pas capable de fabriquer une horloge, ce qui demande des études spéciales et une grande expérience.

-Je vous affirme que Christian seul a crée cette machine qui marche fort bien. Après avoir étudié l'horloge de l'asile des pauvres, dont il a saisi tout de suite le mécanisme, il a pu examiner chez moi une autre pendule à sonnerie, qu'un de mes amis m'a prêtée et cela a suffi pour lui rendre possible la construction de la petite merveille que vous voyez là.

- C'est vraiment prodigieux! s'écrièrent M. et Mme Huyghens.

- Oui, prodigieux, mais il a le génie des sciences, comme un autre a celui de la musique ou de la poesie. Il a taillé lui-même les roues dentées, les pivots, le balancier, tout l'engrenage. Il a installé le mouvement de la sonnerie, avec ses trois jolies petites clochettes qu'un marteau vient frapper, pour marquer les heures. Mon rôle a été simplement de lui fournir les aiguilles, les poids, le bois et de peindre le cadran et les fleurs qui en font l'ornement. Mon petit horloger a fait preuve en cela d'un merveilleux talent et, aussi, d'un excellent cœur, car il a voulu que cette horloge orne votre salle à manger le jour même de l'annivereaire de la naissance de sa mére.

- C'est vrai ! C'est aujourd'hui l'anniversaire de ma naissance ! Oh ! les chers enfants ! J'étais étonnée qu'ils ne fussent pas encore ici, pour m'offrir leurs vœux, comme chaque annee !

- Ils ont voulu d'abord vous laisser jouir de cette surprise : ils sont là, tous deux, Christian et Wilhelmine, qui attendent mon signal et celui de l'horloge. »

- En ce moment, un joli carillon se fit entendre: c'étaient les petites clochettes qui annonçaient midi et remplissaient gaiement la salle de leurs sons argentins.

"Venez, mes enfants, " cria l'oncle Cornelis.

ILS FURENT EBAHIS DE VOIR UNE HORLOGE PENDUE AU MUR

Christian, rouge d'émotion, et Wilhelmine entrèrent, portant de superbes gerbes de fleurs, et se jetèrent dans les bras de leur bonne mère qui pleurait de joie. leur père se détournait pour cacher les larmes qui coulaient à ses paupières. Il est inutile de dire que les plus douces caresses et les plus sincères éloges furent prodigués au petit horloger qui, plein de modestie, ne savait comment cacher sa confusion.

 

SUITE ...