III. UNE HORLOGE EN PÉRIL

L'oncle Cornelis voyait avec joie se développer, chaque jour, les goûts de Christian pour la mécanique et il engageait ses parents à le mettre au collège, afin de lui donner une instruction solide et de fortifier ses excellentes qualités.

Mais Christian était encore trop jeune et sa mère ne voulut pas s'en séparer. On lui fournit les livres nécessaires et on lui donna un précepteur pour le préparer à des études plus sérieuses.

Un jour, sa mère, qui s'occupait beaucoup d'œuvres de bienfaisance, I'emmena dans un asile de la ville où elle allait visiter des pauvres et des malades. Tandis qu'elle se rendait chez le directeur, elle laissa Christian avec sa sœur Wilhelmine, dans une salle d'attente remplie de meubles anciens, selon la mode hollandaise. Ce qui attira surtout l'attention du jeune garçon, c'était une vieille horloge à poids dont le tic tac monotone troublait seul le silence de la vaste salle.

 "Regarde, dit-il à sa sœur, ces aiguilles qui tournent en marquant les heures, ces poids qui descendent lentement, cette longue tige de fer qui se balance avec tant de régularité. Que je voudrais bien connaitre le mecanisme qui donne la vie à cette horloge ! »

Et il palpait les poids, les décrochait; les rattachait, arrêtait le balancier et le remettait en marche, de plus en plus intrigué et désireux de connaître le secret de cette machine.

 "Je t'en prie, Christian, lui répétait sa sœur, ne touche pas à cette horloge. Qu'arriverait-il, si tu en arrêtais le mouvement ?

 &emdash;Ne crains rien, petite sœur, je ne veux pas la déranger ; je veux seulement regarder l'intérieur. "

Et il monta sur une chaise et décrocha 1'horloge qu'il plaça sur une table.

"Christian, Christian, j'ai peur, criait Wilhelmine, on va peut- être venir et tu seras sévèrement grondé ! "

UNE VIEILLE HORLOGE A POIDS ATTIRA SON ATTENTION
Mais Christian avait déjà ouvert la partie postérieure de la boite, formée d'une planchette qui se glissait dans une rainure, et tout le mecanisme apparaissait à ses yeux éblouis : le treuil, appelé tambour, sur lequel s'enroule la corde qui soutient les poids, les roues dentées qui s'engrènent les unes dans les autres, le balancier qui oscille de droite à gauche et commande tout le mouvement, les deux aiguilles qui font leur évolution sur le cadran.

D'un coup d'œil, Christian saisit les lois et la marche de l'horloge. Wilhelmine, elle-même, très intéressée, ne dit plus rien et admire cette machine merveilleuse.

Il est vrai que l'horloge était du système le plus simple, sans sonnerie, et que les rouages n'étaient pas compliqués comme dans les pendules d'aujourd'hui. Avec son couteau, I'enfant eut bientôt fait de dévisser les aiguilles et d'enlever le cadran. Puis, ce fut le tour des roues, du tambour et du balancier. Il étalait ces diverses pièces sur la table dans un ordre parfait.

Wilhelmine tremblait de frayeur ; au moindre bruit, son cœur battait à se rompre.

« Oh ! Christian, Christian, que fais-tu ? disait-elle, avec des larmes dans les yeux, jamais tu ne pourras remettre en place ces roues et ces aiguilles ! Que va dire le directeur de la maison, quand il verra cette horloge complètement détruite ?

- Sois tranquille, Wilhelmine, j'ai vu et j'ai compris. Je veux maintenant rétablir l'horloge dans son état primitif. "

Il s'apprétait à remettre chacune des pièces à sa place, lorsque tout à coup la porte s'ouvrit et le portier entra dans la salle. Il s'arrêta stupefait à la vue de cette horloge vide et des rouages dispersés sur la table. Il crut que l'enfant l'avait détruite par mechanceté.

« Qu'avez-vous fait, petit malheureux ? s'écria-t-il, qui vous a permis de toucher à cette horloge et de la mettre dans un pareil état ? Ne savez-vous pas que c'est un objet rare et précieux et qu'un habile horloger pourra seul la rétablir ?

- Je la rétablirai bien moi-même, repartit Christian, voyez, j'ai déja remis quelques roues.

- N'avez-vous rien cassé ? N'avez-vous pas égaré quelque pièce ?

Le portier irrité de cette réponse qu'il regardait comme prétentieuse et dictée par l'orgueil, allait prendre Christian par le bras et l'empêcher de toucher aux rouages, lorsque le directeur et mme Huyghens entrèrent dans la salle.

"Voyez dit le portier, ce qu'a fait cet enfant malavisé ! "

La mère de Christian restait confuse et interdite, mais le directeur, homme intelligent et instruit, avait constaté d'un coup d'oeil l'ordre avec lequel l'enfant avait rangé les diverses pièces sur la table. Ami de l'oncle Cornelis, il connaissait les aptitudes extraordinaires de Christian pour la mécanique et il comprit que ce n'était ni par méchanceté, ni dans un but de destruction que cet enfant avait délmonté l'horloge, mais pour en étudier le mécanisme.

"Mon enfant, dit-il, tu as démonté cette horloge pour t'instruire ; je ne puis te blâmer que de l'avoir fait sans m'en demander la permission. la seule pulition que je veux t'infliger, c'est de re garder ici jusqu'à ce que tu aies remonté tout le mécanisme ".

Christian, charmé de l'assentiment du directeur, se mit au travail, et, quelques heures plus tard, l'horloge, remise à sa place marchait à ravir et marquait les heures comme si elle n'avait jamais été démontée.

 

 SUITE ...