II. LES PREMIERES INVENTIONS DE CHRISTIAN

La chambre du jeune Huyghens était un véritable musée où il aimait à réunir quelques camarades de son âge, pour leur montrer ses inventions, ses mécaniques, comme il les appelait. Avec des bobines et des fils de fer, il avait créé un petit théatre de marionnettes dont les jambes et les bras marchaient à volonté, à la grande joie des bambins appelés par Christian.

L'un d'eux, nommé Pieter Loos, avait un talent particulier pour le dessin.

"Pieter, lui dit un jour son ami, voici une bande de papier, dessine-moi des chevaux qui courent à la suite les uns des autres; tu verras comme je saurai les rendre vivants.

-Vivants ! des dessins sur papier !

-Fais toujours les chevaux et tu verras que je te dis vrai.

Le jeune Pieter lui remit bientôt une longue bande de papier où les chevaux se suivaient à la queue leu leu.

"Venez me voir demain," dit Christian à ses camarades.

Il construisit une sorte de boîte cylindrique qui tournait facilement sur un pivot. Les dessins, collés à l'intérieur, se reflétaient dans de petites glaces fixées sur le pivot. Quand on tournait la boite, les images apparaissaient successivement dans Ies glaces et les chevaux semblaient galoper les uns après les autres. Ce jouet, aujourd'hui perfectionné, se nomme praxinoscope, ce qui signifie regarder des images en mouvement.

« Que c'est joli ! s'écriaient les enfants, on dirait vraiment que ces chevaux sont vivants !

-Comment as-tu pu transformer ainsi mon dessin ? » demanda Pieter.

Christian fit connaître son procèdé à ses petits amis: c'était son habitude de leur donner l'explication de ses mecaniques.

Un beau jour, il voulut examiner à fond le clavecin de sa mére. Il profita d'une absénce de celle-ci pour ouvrir cet instrument qui, depuis longtemps, I'intriguait.

« Je suis désireux, dit-il à sa petite sœur Wilhelmine, de connaître le secret de cette musique qui donne des sons si doux et si variés, quand les doigts frappent ces touches d'ivoire.

-Ce doit être bien curieux à l'intérieur, repartit Wilhelmine, mais il n'est pas possible d'y regarder.

-Pas possible ! Crois-tu ? Eh bien ! je veux essayer de l'ouvrir et te montrer la machine mystérieuse qui est renfermée dans cette grande boîte.

-O Christian, ne touche pas à ce clavecin ! Si tu le déranges, tu ne pourras jamais remettre les choses en place et que diront nos parents ?

-Ma petite sœur, voilà longtemps que j'examine de prés ce clavecin; je sais les pièces qu'il faut enlever les premières. »

Il procèda à peu près comme font les accordeurs; il ouvrit le dessus du clavecin, puis, successivement, les deux battants qui enferment le devant. Les deux enfants, émerveillés purent admirer l'enchevêtrement des cordes de cuivre et le mouvement des marteaux qui les frappent, dès que les doigts pressent Ies touches d'ivoire.

"C'est merveilleux ! s'écriait Wilhelmine, comment maman peut-elle s'y reconnaître parmi tant de fils de toutes longueurs ?"

Tandis que la fillette pinçait doucement quelques cordes, Christian se rendait compte du mécanisme et en comprenait aisément la composition.

« Il est temps de remettre le tout en état, dit-il, nous savons comment le clavecin produit des sons si agréables."

En quelques tours de main, il referma la boîte qui n'avait subi aucune détérioration.

« Maintenant, dit le jeune garçon, je saurai, moi aussi, faire un instrument qui donnera de jolis sons.

IL VOULUT EXAMINER A FOND LE CLAVECIN DE SA MERE

-Mais, lui objecta Wilhelmine, tu n'as pas de boite comme le clavecin ; comment pourras-tu avoir des fils de laiton fins et brillants comme ceux que nous avons vus ici ? Et les petits marteaux qui frappent ces fils ? Et les jolis touches d'ivoire qui font mouvoir ces marteaux ? Comment pourras-tu te les procurer ?

-Si j'avais tout cela, Wilhelmine, je crois bien que je pourrais établir un clavecin comme celui-ci, mais je ne puis songer à me procurer tant d'objets si chers ; je veux donc faire seulement un petit instrument. Ce qui produit des sons divers, c'est la différente longueur des cordes, eh bien, tu verras que je te ferai un petit clavecin sur lequel tu joueras des doigts avec facilité.

- Oh ! Christian, combien je serais heureuse ! Mais est-ce possible ?

- Tu verras. "

Christian se procura une boîte en bois très léger, dont la partie supérieure restait ouverte. Il tendit deux ficelles parallèles sur la boîte, dans le sens de la longueur et alla trouver un vitrier voisin ami de son père. Celui-ci-avait beaucoup de morceaux de verre de toute dimension, déchets des vitres qu'il posait dans les maisons.

"Vous seriez bien aimable, lui dit Christian, si vous vouliez me couper plusieurs lamelles de verre, étroites et de longueur différente, de la forme de ce modèle. "

Et il montra un morceau de papier qu'il avait découpé avec soin, en prenant les mesures de sa boîte.

"Volontiers, mon petit Christian, rien n'est plus facile, " répondit le vitrier, et, en quelques minutes, il lui découpa une trentaine de lamelles plus ou moins longues.

Christian qui avait sa petite bourse voulut payer le brave homme de sa peine, mais celui-ci se mit à rire :

" Conserve ton argent, mon garcon, dit-il, et prends garde de te couper avec ces morceaux de verre. "

Rentré à la maison, Christian fixa les lamelles de verre sur les cordes parallèles, en allant des plus longues aux plus courtes et obtint à peu prés tous les sons de la gamme, mais ce ne fut qu'après de nombreux essais et après avoir eu recours plusieurs fois à l'obligeance du vitrier qu'il obtint une série parfaite de sons.

Au moyen d'un ressort d'acier, il établit au-dessus de chaque lamelle un petit marteau formé d'un bouchon placé à l'extrémité d'une baguette. Celle-ci était reliée à une touche de bois correspondant à chaque verre : si on appuyait sur la touche, elle abaissait le marteau sur la lamelle de verre et un son clair se faisait entendre. Le marteau se redressait dès qu'on cessait d'appuyer.

Avec cet instrument très simple, Christian eut la joie de reproduire quelques airs populaires du pays. Quant à sa sœur, elle était si heureuse qu'elle ne cessait plus de jouer sur son petit clavecin.

 

SUITE ...