I. - L'ONCLE CORNELIS

Il y avait, au XVIIe siècle, un petit garçon né en 1629, très intelligent et très studieux, nommé Christian Huyghens. Son père qui habitait, à La Haye, une de ces jolies maisons hollandaises aux murs crénelés et ornés de faïences de Delft, lui donnait, quoiqu'il n'eût que douze ans, d'excellentes leçons de musique, d'arithmétique, d'astronomie et de physique. Christian s'appliquait à ces sciences avec beaucoup de zele, mais ce qui lui plaisait, surtout, c'étaient les machines: il était passionné pour la mecanique et ne rêvait que rouages, engrenages, mouvements et moteurs,

Dès l'âge le plus tendre, il se rendait sur un de ces canaux si abondants aux environs de La Haye et, à defaut de tout autre moteur, il profitait du courant de l'eau, pour faire marcher les rouages qu'il inventait et qu'il combinait de la façon la plus ingénieuse.

Un beau jour, il se trouvait sur le bord du canal avec quelques camarades.

« Je vais, leur dit-il, vous faire un petit moulin qui tournera sur l'eau.

- Voilà qui n'est pas facile, répondit l'un d'eux.

- Prenez patience, j'y arriverai. »

Avec un simple couteau et quelques planchettes de sapin, il établit une machine composée de plusieurs roues qui, poussées par l'eau, actionnaient un marteau et cette espèce de crécelle, bruyante et cadencée,. ne cessait son tapage qu'au moyen d'un barrage qui arrêtait le mouvement de l'eau.

Bravo ! bravo ! '' crièrent les petits amis de Christian, émerveillés à la vue de ce chef-d'œuvre, mais leur surprise fut bien plus grande, quand ils virent des bonshommes de bois mus par ce moulin. L'un sciait du bois, un autre frappait du marteau, d'autres jouaient sur une balançoire, tantôt vite, tantôt lentement, selon la vitesse que l'eau imprimait à la machine.

Ce fut un triomphe pour le petit constructeur et on en parla à son père. Cependant, celui-ci trouvait que son fils perdait trop de temps à des inventions et à des recherches qui lui paraissaient plutôt des jeux que des études sérieuses, mais l'oncle de Christian,I'oncle Cornelis, frère de Mme Huyghens, prenait toujours la défense de son neveu et filleul.

C'était un homme instruit, au cœur d'or, toujours d'excellente humeur; un de ces Flamands qui prennent la vie par le bon côté. Il aimait beaucoup Christian.

« Cet enfant, disait parfois M. Huyghens, s'occupe trop de futilités, au lieu d'approfondir les sciences que je lui enseigne.

- Comment voulez-vous, lui demandait l'oncle, en riant qu'un gamin de douze ans puisse approfondir l'astronomie, la physique et même l'arithmétique ? Contentez-vous de lui enseigner les éléments et laissez-le se récréer quelque peu.

- Oh ! vous, mon cher Cornelis, vous l'excusez toujours!

- Je l'excuse, parce que cet esprit de recherche et d'invention chez un enfant me plait beaucoup et dénote un génie caché. D'ailleurs, Christian n'est-il pas obéissant et aimable?

- Oui, sans doute.

- N'est-il pas poli et studieux ?

- Nous n'avons rien à lui reprocher sous ce rapport, mais il aime trop le Jeu.

- Ce que vous appelez jeu est tout simplement le désir d'apprendre et d'expérimenter la science qui lui plaît le mieux, la mécanique. Il veut se rendre compte des choses qui frappent ses yeux et c'est bien cette curiosité que j'admire. Plaignez-vous d'avoir un fils qui sera peut-être plus tard un grand savant e t iera la gloire de son pays !

- Oh ! oh ! vous allez un peu vite, Cornélis ! Il faut nous contenter, pour le moment, d'en faire un bon écolier.

- Oui, mais ne contrariez pas ses goûts. »

 

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