La décoration de la gaine de l'horloge


 Extrait de l'ouvrage " la grande horloge " par Alain Caudine .

Une technique " secrète "

Contrairement aux apparences, cette technique ne consistait pas en l'enlèvement d'un verni mais, plutôt, en l'enlèvement de plusieurs couches superposées de peinture dont la première , très épaisse, constituait la couche d'apprêt. Cette couche avait un double rôle : Elle permettait, d'une part, de masquer par son opacité les veines du sapin et, d'autre part, de nuancer les couches colorées qui devaient la recouvrir.

Le secret qui permettait d'ôter facilement ces épaisseurs successives de peinture (soit 3 ou 4 dixièmes de millimètres) en un seul mouvement semble provenir d'une technique inventée pour la circonstance. Il est d'ailleurs curieux de constater qu'après avoir permis la décoration de millions de gaines d'horloges, cette technique n' a jamais franchi les portes des ateliers familiaux du Jura.

Hélas, elle n' a pas pu être sauvegardée et transmise et il est à redouter qu'elle ait aujourd'hui totalement disparue. L'explication de ce phénomène semble découler de la cessation d'activité au début de notre siècle. Les anciens qui transmettaient oralement ce savoir n'ont pas jugé nécessaire de l'enseigner, considérant qu'il n'avait plus de raison d'être et qu'il nécessitait, pour en maîtriser les subtilités, une pratique permanente.

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Ce secret jalousement gardé pendant la grande période de décoration des gaines, et aujourd'hui disparu des mémoires, garantit à notre gaine d'horloge le privilège de l'authenticité et de l'originalité face à toutes les autres techniques d'art populaire. Dans ce domaine spécifique de la peinture sur bois, cette technique reste mystérieuse. L'une de ses principales caractéristiques consiste en l'interaction de la dernière couche de peinture avec les précédentes. Cette qualité donne à l'ensemble une parfaite malléabilité qui facilite le travail de la gravure à main levée. La matière offrant peu de résistance, elle permet une grande liberté de mouvement de la main et, partant, un type de gravure particulier, aérien, délié. En revanche, aucune erreur n'est permise : la main qui trace doit immédiatement trouver le bon chemin, celui de la courbe élégante. Tout dérapage devient une trace indélébile. Sous l'action de l'outil, guidé par la main de l'artiste, bien souvent secondé par l'autre main pour mieux contrôler la force à appliquer à l'enlèvement de la matière, toutes les couches se séparent du support en un seul mouvement. La claire blondeur du bois d'épicea apparaît alors. Le contraste de ce dernier avec la peinture imitant un bois plus foncé (chêne, bouleau, acajou, loupe, ronce de noyer ...) donne l'apparence de la "marqueterie du pauvre" évoquée précédemment.